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Les pères du désert

LES APOPHTEGMES DES PÈRES DU DÉSERT

1
Abba Poémen

Abba Joseph raconte : Abba Isaac dit :  » Un jour, j’étais assis à côté d’Abba Poémen et je le vis en extase. Comme j’étais très libre pour lui parler, je me prosternais et le suppliais, disant : « Dis-moi où tu étais ». Et lui, contraint, me dit : « Ma pensée était là où se trouve la sainte Marie, Mère de Dieu, qui pleurait sur la croix du Sauveur. Et pour moi, je voudrais tout le temps pleurer ainsi ».
2
Abba Arsène

Abba Arsène dit :  » Si nous cherchons Dieu, il se manifestera à nous ; et si nous le retenons, il demeurera près de nous ».
3
Abba Pambo

Théophile, l’archevêque d’Alexandrie, vint un jour à Scété. Les frères qui étaient réunis, demandèrent à l’abbé Pambo de dire quelques mots à l’évêque pour l’édifier. Mais il répondit :  » S’il n’est pas édifié par mon silence, il ne le sera pas par mes paroles ».
4
Abba inconnu

Un frère demande à un ancien :  » Dis-moi : Comment me sauver ? ». L’ancien lui répond :  » Si tu peux être injurié et le supporter, c’est une grande chose, plus grande que toutes les vertus ».
5
Abba Arès

Abba Abraham va voir Abba Arès. Ils sont assis ensemble. Un frère arrive chez l’ancien ; il lui dit :  » Dis-moi ce que je dois faire pour être sauvé ». Abba Arès répond :  » Va. Pendant toute cette année, mange seulement du pain et du sel, le soir. Puis reviens ici et je te parlerai ».
Le moine s’en va et il fait cela. A la fin de l’année, il revient chez Abba Arès. Abba Abraham est encore là, par hasard. L’ancien dit de nouveau au frère :  » Va, jeûne encore toute cette année, un jour sur deux ». Après le départ du frère, Abba Abraham dit à Abba Arès : « Tu conseilles à tous les frères une charge légère. Mais à celui-là tu imposes une charge lourde. Pourquoi donc ?  »
L’ancien lui répond :  » Ma parole dépend de ce que les frères viennent chercher. Ce frère est un homme courageux. Il vient entendre une parole à cause de Dieu. Et il obéit avec joie. C’est pourquoi, moi aussi, je lui dis la parole de Dieu ».

6
Abba Poémen

Abba Joseph dit : Un jour, nous sommes assis avec Abba Poémen. Il parle d’Abba Agathon. Nous lui disons : « Agathon est bien jeune. Pourquoi l’appelles-tu Abba ? ». Abba Poémen dit : « Parce que sa bouche fait de lui un Abba ».
7
Abba inconnu

Un Romain dit : « Il y avait un vieillard qui avait un bon disciple. Un jour, ne croyant pas qu’il fut bon, il le chasse dehors avec son manteau. Le frère demeure assis dehors. Et le vieillard ouvrant la porte et le trouvant assis, se prosterne et lui dit :  » O Père, l’humilité de ta patience a vaincu le peu d’estime que j’avais de toi. Viens à l’intérieur ; à partir de maintenant, c’est toi le vieillard et le père, et moi, je suis le plus jeune et le disciple ».
8
Abba Antoine

Abba Antoine dit : « Autant qu’il est possible, le moine doit confier aux anciens le nombre de pas qu’il fait et le nombre de gouttes d’eau qu’il boit dans sa cellule, pour savoir s’il est bien dans la vérité ».
9
Abba inconnu

Un frère trouva dans le désert un lieu retiré et tranquille. Il supplia son Abba en ces termes : « Ordonne-moi d’habiter là et j’espère qu’avec la grâce de Dieu et tes prières, je m’y mortifierai beaucoup ». Mais son Abba ne le lui permit pas : « Je sais bien que tu te mortifierais beaucoup ; mais parce que tu n’aurais pas d’ancien, tu aurais confiance en tes oeuvres, persuadé qu’elles plaisent à Dieu, et par cette confiance que tu aurais de faire oeuvre de moine, tu perdrais ta peine et ta raison ».
10
Abba Poémen

Abba Poémen dit :  » Celui qui réjouit le plus l’ennemi, c’est celui qui ne veut pas montrer ses pensées à son Abba ».

11
Abba Antoine

Abba Antoine dit :  » Je connais des moines qui ont supporté beaucoup de fatigues. Pourtant ils sont tombés et ils sont devenus orgueilleux parce qu’ils avaient mis leur confiance dans leurs actes et avaient laissé de cité le précepte de celui qui dit : « Interroge ton père et il t’enseignera ».
12
Abba Félix

Des frères ont des laïcs avec eux. Ils viennent trouver Abba Félix et ils le supplient : « Dis-nous une parole ». Mais l’ancien garde le silence. Ils le supplient longtemps.
Alors, Abba Félix leur dit : « Vous voulez entendre une parole ? ». Ils disent : « Oui, Abba ». L’ancien leur dit : « Maintenant il n’y a plus de parole. Avant les frères posaient des questions aux anciens et ils faisaient ce que les anciens disaient. A ce moment-là, Dieu montrait comment parler. Mais maintenant, ils posent des questions et ils ne font pas ce qu’ils entendent. Alors Dieu a enlevé aux anciens le don de la parole, et ils ne trouvent plus quoi dire, parce qu’il n’y a plus de travailleurs ».
En entendant ces paroles, les frères gémirent et ils lui dirent :  » Prie pour nous, Abba !  »
13
Abba inconnu

Un frère dit à un grand vieillard : « Abba, je voudrais trouver un vieillard conforme à ma volonté et mourir avec lui ». Le vieillard lui dit : « Tiens, tiens ! C’est une bonne recherche, monsieur !  » Mais lui, le disciple, pense avoir bien parlé et ne fait pas attention à la réponse du vieillard. Puis quand le vieillard voit que son disciple ne comprend pas qu’il se moque de lui, il lui dit : « Donc, si tu trouves un vieillard conforme à ta volonté, tu veux demeurer avec lui ?  » – « Eh oui, répond le disciple, c’est bien ce que je veux ». Le vieillard lui dit : « Peut-être n’est-ce pas pour que tu suives la volonté du vieillard, mais pour que celui-ci fasse la tienne et que tu aies la paix ». Alors le frère comprenant ce qu’il avait dit, se lève, se prosterne à terre et dit : « Pardonne-moi, je croyais dire quelque chose de bien, alors qu’il n’en était pas ainsi ».
14
Abba Poémen

Abba Poémen dit : « Un jour, quelqu’un a demandé à Abba Paèsios : Que faire à mon âme, car elle est insensible et ne craint pas Dieu ». Et Abba Paèsios lui dit : « Attache-toi à un homme qui craint Dieu, et vivant près de lui, toi aussi, tu apprendras à craindre Dieu ».
15
Abba inconnu

Un ancien a dit :  » Sois comme le chameau : porte tes péchés, et, attaché par la bride, suis celui qui connaît la voie de Dieu ».

16
Abba Jean le Petit

On racontait ceci sur Jean le Petit : il s’était retiré chez un ancien originaire de Thèbes, à Scété, qui demeurait dans le désert.
Un jour, son Abba prend un bois sec, il le plante et il dit à Jean : « Arrose-le tous les jours avec un pot d’eau jusqu’à ce qu’il donne des fruits ». Or l’eau était si loin que Jean partait le soir et ne revenait qu’au matin. Trois ans plus tard, ce bois se mit à reprendre vie et à donner des fruits. Alors l’ancien prend un fruit. Il le porte à l’église où les frères se rassemblaient, et dit aux frères :  » Prenez et mangez le fruit de l’obéissance ».
17
Abba Poémen

Un frère interroge Abba Poémen et lui dit :  » Des frères habitent avec moi ; veux-tu que je leur commande ?  » Le vieillard répond : « Non, mais fais d’abord le travail, et s’ils veulent vivre, ils veilleront sur eux-mêmes ». Le frère lui dit : « Mais ce sont eux-mêmes, Père, qui veulent que je leur commande ». Le vieillard lui dit : « Non, mais deviens leur modèle, non pas leur législateur ».
18
Abba Sylvain

A Scété, Abba Sylvain avait un disciple appelé Marc qui obéissait à merveille. Il était calligraphe. Et l’ancien l’aimait à cause de son obéissance. Or il avait onze autres disciples, et ceux-ci étaient peinés de ce qu’Abba Sylvain aimait Marc plus qu’eux.
Les anciens l’ayant appris, s’en attristèrent. Ils vinrent donc un jour chez Abba Sylvain pour lui faire des reproches. Alors Sylvain prend les anciens avec lui. Puis il va frapper à la porte de chaque cellule en disant :  » Frère, viens ici. J’ai besoin de toi ». Mais aucun frère ne le suit tout de suite.
Abba Sylvain arrive à la cellule de Marc. Il frappe alors et dit : « Marc ! ». En entendant la voix de l’ancien, lui, il bondit aussitôt dehors. Et l’ancien lui fait faire une commission, puis il dit aux anciens :  » Pères, où sont les autres frères ?  » Il entre dans la cellule de Marc et il prend son cahier. Il remarque ceci : Marc a commencé à former la lettre oméga, mais en entendant la voix de son Abba, il n’avait pas fini de l’écrire. Alors les anciens disent : « Vraiment, Abba, celui que tu aimes, nous l’aimons aussi parce que Dieu l’aime ».
19
Abba Abraham

Abba Bané demanda un jour à Abba Abraham : « Est-ce qu’un homme qui est comme Adam dans le Paradis a encore besoin de prendre conseil ? » Et celui-ci lui dit : « Oui Bané, car si Adam avait demandé conseil aux anges : « Est-ce que je mange de l’arbre ? », ils lui auraient dit : « Non ! « .

20
Abba Zénon

On disait qu’il y avait dans le village un homme qui jeûnait à tel point qu’on l’appelait : le Jeûneur. Abba Zénon qui avait entendu parler de lui, le fit venir. L’autre vint avec joie. Ils prièrent et s’assirent. Le vieillard commença à travailler en silence. N’arrivant pas à parler avec lui, le Jeûneur commença à être accablé par l’acédie. Et il dit au vieillard : « Prie pour moi, Abba, car je veux partir ». Le vieillard lui dit : « Pourquoi ? ». L’autre lui répondit : « Parce que mon coeur est en feu et je ne sais ce qu’il a. En effet, quand j’étais au village, je jeûnais jusqu’au soir, et il ne m’arrivait rien de tel ». Le vieillard lui dit : « Au village, tu te nourrissais par les oreilles. Mais va, désormais mange à la neuvième heure, et ce que tu fais, fais-le dans le secret ». Lorsqu’il eût commencé à agir ainsi, il attendit péniblement la neuvième heure. Et tous ceux qui le connaissaient disaient : « Le Jeûneur est possédé par le démon ». Puis il vint raconter tout cela au vieillard qui lui dit : « Cette voie est selon Dieu ».
21
Abba inconnu

Si des mauvaises pensées te font la guerre, ne les cache pas, mais dis-les tout de suite à ton Abba. Plus on cache ses pensées, plus elles deviennent nombreuses et fortes. C’est comme un serpent : sorti de son trou, il s’enfuit aussitôt. Ainsi la mauvaise pensée s’en va dès qu’on la montre.
Mais si on la cache, c’est comme un ver dans le bois, elle détruit le cœur. Celui qui montre ses pensées est aussitôt guéri ; celui qui les cache se rend malade d’orgueil.
22
Abba Poémen

Abba Poémen dit : « La volonté de l’homme est un grand mur d’airain entre lui et Dieu (Jérémie 1, 18). C’est une pierre qui fait obstacle. Si tu tournes le dos à cette volonté égoïste, tu dis, toi aussi : « Avec Dieu, je sauterai le grand mur » (Psaume 17, 30). Mais si la recherche de la justice va de pair avec la volonté propre, c’est que l’homme est malade ».
23
Abba Pambo

Un jour, quatre frères de Scété, habillés de peaux de bêtes, viennent trouver le grand Pambo. Chacun lui parle de la bonne action de son voisin, celui-ci n’étant pas là. Le premier jeûne beaucoup. Le deuxième est pauvre. Le troisième possède une grande charité. Et du quatrième ils disent :  » Depuis vingt-deux ans, il obéit à un ancien ».
Abba Pambo leur répond :  » Je vous le dis, la vertu de ce frère est la plus grande. En effet, chaque frère a obtenu la vertu qu’il voulait posséder. Mais ce frère-là a dit non à sa volonté égoïste, et il fait la volonté d’un autre. Des hommes comme lui sont des martyrs s’ils tiennent bon jusqu’à la fin ».
24
Abba Joseph de Thèbes

Abba Joseph de Thèbes dit : « Il y a trois actions qui ont du prix aux yeux du Seigneur :
1. Un homme est malade. Les tentations tombent sur lui. S’il les reçoit en disant merci, cette action plaît au Seigneur.
2. Quand on fait tout en présence de Dieu, avec un coeur pur, sans rien chercher pour soi, cette action plaît au Seigneur.
3. Quand on obéit continuellement à son père spirituel, quand on dit non à tous ses désirs égoïstes, cette action plaît au Seigneur et pour elle on reçoit une plus grande récompense.
Moi, je préfère la maladie ».

25
Abba Mios

Abba Mios, de Bélos, dit : « L’obéissance répond à l’obéissance. Quand quelqu’un obéit à Dieu, Dieu aussi lui obéit »

26
Abba Sérapion
Un frère demande à Abba Sérapion : « Dis-moi une parole ». L’ancien lui dit : « Qu’est-ce que j’ai à te dire ? Tu as pris la richesse des veuves et des orphelins et tu l’as mise dans un placard ». En effet, Sérapion voit le placard plein de livres.
27
Abba Sisoès

Abba Ammon, de Rhaïtou, dit à Abba Sisoès : « Quand je lis la Bible, mon esprit a envie de préparer un beau discours. Alors je pourrai répondre si on m’interroge ». L’ancien lui dit : « Ce n’est pas nécessaire. Essaie plutôt de garder ton esprit pur. Alors tu obtiendras, pour toi-même, d’être sans souci et d’avoir le don de la parole pour enseigner les autres ».
28
Abba Antoine

Un jour, des anciens viennent voir Abba Antoine. Abba Joseph est avec eux. Abba Antoine veut les mettre à l’épreuve. Alors il leur donne une parole de la Bible.
Abba Antoine interroge d’abord les plus jeunes. Il leur demande : « Que veut dire cette parole ?  » Chacun explique le mieux possible. Mais Abba Antoine dit à chacun : « Non, tu n’as pas trouvé ». Abba Joseph est le dernier qui doit répondre ; l’ancien lui dit : « Et toi, Abba Joseph, comment expliques-tu cette parole de la Bible ?  » Il répond : « Je ne sais pas ». Alors Abba Antoine dit : « Vraiment, Abba Joseph a trouvé le vrai chemin. En effet, il a dit : « Je ne sais pas ».
29
Abba inconnu

Voilà ce qu’on disait d’un vieillard : il demandait à Dieu l’interprétation d’une parole de la Bible. Pour l’obtenir, il passe soixante-dix semaines en ne mangeant qu’une fois la semaine. Mais Dieu ne la lui révèle pas. Il se dit en lui-même : « Je me suis donné tant de peine, sans rien obtenir ; je vais donc aller chez mon frère et l’interroger ».
Et comme il ferme la porte derrière lui pour aller chez son frère, un ange du Seigneur lui est envoyé. Il lui dit : « Les soixante-dix semaines que tu as jeûné ne t’ont pas approché de Dieu ; mais lorsque tu t’es humilié toi-même en partant chez ton frère, j’ai été envoyé pour t’annoncer le sens de cette parole ». Et il répond parfaitement à sa recherche sur la parole de la Bible. Puis il se retire.
30
Abba Poémen

Un frère dit à l’Abba Poémen : « J’ai fait un gros péché et je veux en faire pénitence durant trois ans ». Le vieillard lui dit : « C’est beaucoup !  » Et le frère lui dit : « Au moins une année !  » Le vieillard lui dit de nouveau : « C’est beaucoup ! « . Ceux qui étaient présents lui dirent : « Quarante jours !  » Il dit encore : « C’est beaucoup !  » Et il ajouta : « Moi, je vous dis que si un homme se repent de tout son coeur et ne recommence pas à commettre le péché, trois jours suffisent pour que Dieu l’accueille ! «